Centre d'art
Cherbourg
2006 - 2008

 

Découvrez la chute des parapluies réalisée par Roman Signer à la fin de son exposition Tombés du ciel présentée du 21 juin au 13 septembre 2015 au Point du Jour.

 

           Le centre d’art du Point du Jour, entièrement dédié à la photographie, est une tentative de construire un équipement culturel avec très peu de moyen eu égard à la technicité du programme (les salles d’exposition répondent aux plus hauts standards en matière de contrôle des ambiances). Il constitue une sorte de regard vers l’architecture d’une Europe future qui aurait gagné une nouvelle sobriété et du sens à travers la perte du leadership économique. Une cabane primitive pour le XXIsiècle.

          Le bâtiment répond par une forme unitaire à un contexte double. D’un côté, une voie routière bordée de bâtiments commerciaux ; de l’autre, le jardin de l’école des Beaux-arts dans lequel le bâtiment est construit. Du plan carré est retiré un angle qui oriente la forme tout en faisant de la principale salle d’exposition un lieu à la neutralité caractérisée.

          Perçu depuis l’intérieur des véhicules qui passent devant, il apparaît comme un hangar trop petit ; perçu par les piétons depuis le jardin, il est comme une maison trop grande. En dépit du caractère rudimentaire de sa forme,il possède une volumétrie très différente en fonction du point d’où il est observé : il oriente le territoire alentour.

          Le revêtement de feuilles de bitume protégées par une fine couche d’aluminium qui le couvre intégralement vise plusieurs objectifs. D’une part, il est aussi pauvre que les matériaux des bâtiments commerciaux construits de l’autre côté de la rue et, de cette manière, le centre d’art participe du monde dans lequel il est construit : il vise à dire que ses voisins sont plus beaux que lui, et ceux-ci disent qu’il est plus beau qu’eux, ils participent tous d’une unité commune. D’autre part, la couleur argentée renvoie à une série de bâtiments et de lieux qu’Eric Lapierre chérit spécialement dans l’histoire de l’architecture. L’argent renvoie aussi à l’argentique photographique et au conditionnement des pellicules photo. Enfin, ce matériau d’étanchéité est connu de tout le monde, mais comme un matériau paria et déclassé, qui se rencontre sans qu’on le regarde jamais, à l’instard’un objet occupant une zone périphérique du champ visuel, dans des coins de toitures terrasses généralement peu ragoutants. Le retrouver ici, où il produit des effets insoupçonnés, dont le principal est d’agir tel un enregistreur de la couleur du ciel perpétuellement changeant de cette ville d’extrémité de presqu’île, provoque un sentiment de découverte de quelque chose de déjà connu inconsciemment mais demeuré jusqu’alors inconnu consciemment qu’Eric Lapierre rattache au concept freudien d’inquiétante étrangeté, qui est selon lui au cœur de la perception de l’architecture, et de la manière spécifique dont celle-ci communique.

          A l’intérieur, les redivisions du plan sont dénuées de couloir : une structure spatiale compacte en cohérence avec la compacité du volume lui-même. L’enrobé de la route et du parking se prolonge à l’intérieur du rez-de-chaussée, pour marquer le caractère public en libre accès de l’équipement, tout en faisant apparaître celui-ci comme une simple maquette posée sur une table. Tout le bâtiment a été développé pour posséder le simplisme formel d’une maquette.

 

Prix spécial du jury, Palmarès de l'architecture de Basse-Normandie 2010

Marianne d'Or du Développement durable 2009

Budget :
0,9 M € HT
Surface :
600 m²
Maître d'ouvrage :
Ville de Cherbourg
Statut :
construit
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